Egale Canada

Carrefour de l’orientation sexuelle et de l’origine ethnique

comprendre la vie des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles, transsexuelles et transgenres (glbtt) de couleur ainsi que bi-spirituelles1

Sommaire

Dans le monde entier, des personnes GLBTT sont incarcérées en vertu de lois qui s’immiscent dans la vie privée et qui criminalisent jusqu’au baiser. On les soumet à la torture pour obtenir des aveux de « déviance » ou on les viole pour les « guérir ». Elles sont abattues par des escouades de la mort dans des sociétés qui les tiennent pour des éléments « bons à jeter ». Les manifestations et le visage de la violence varient énormément. La vulnérabilité des GLBTT à la violence dépend aussi de facteurs comme le sexe, l’origine ethnique et le statut économique, lesquels influent sur l’accès des victimes à la justice.3

Objectifs du projet

Sources

Principales constatations

Bien que toutes les personnes GLBTT et bi-spirituelles soient victimes d’homophobie et d’hétérosexisme, elles ne partagent pas toutes la même identité. L’identité d’une personne ou d’une collectivité peut se révéler un privilège ou un désavantage selon la combinaison d’un ensemble complexe de facteurs comme l’origine ethnique, le sexe, le statut économique, le lieu ou pays de résidence, les aptitudes physiques ou intellectuelles et la religion. Même au sein de groupes ayant des marqueurs communs comme l’origine ethnique, la vie des personnes GLBTT et bi-spirituelles se réalise de façon différente. Voici les commentaires de certaines personnes interrogées sur leurs vies complexes et variées.

J’ai eu de la difficulté à m’accepter en tant que gai et j’ai dépensé beaucoup d’énergie à nier, à supprimer, à accepter puis à défendre mon identité ethnique. C’était, après tout, la plus visible tandis que je pouvais cacher mon homosexualité. Le double stress causé par le racisme et l’hétérosexisme externes et intériorisés a été un facteur déterminant dans le processus d’acceptation de mon homosexualité, que je vis ouvertement.

Un ami se fait tabasser dans la rue. Comment savoir si c’est parce que l’agresseur en veut aux Indiens ou aux gais?

Le droit au mariage et les droits des conjoints de même sexe sont loin d’être une préoccupation pour un segment important de la population noire homosexuelle. Ces avantages leur sont interdits. Il faut d’abord régler d’autres questions structurelles.

Les gens éprouvent d’énormes difficultés à se reconnaître dans la communauté gaie.

Mon père a été victime de beaucoup de racisme à son arrivée au Canada, à la fin des années 60. Il disait que lorsqu’on possède déjà un handicap, on n’en a pas besoin d’un deuxième.

Ma couleur fait de moi un étranger au sein des collectivités gaies habituelles. Je n’en ai pas encore trouvé une qui comprend ce que je vis comme personne de couleur. Je me sens aussi peu à ma place dans un club gai que dans un club hétéro.

Je crois que mon origine ethnique me rend moins attirant auprès de membres d’autres groupes raciaux, dans une culture qui valorise la race blanche. J’arrive parfois même à m’en convaincre!

L’estime de soi est le principal obstacle. Je sais ce que c’est que de se sentir exclu toute sa vie et de vivre en plus l’ostracisme de la famille à cause de son origine ethnique ou de son orientation sexuelle. L’estime de soi est alors mise à très rude épreuve.

Un jour, dans un bar pour lesbiennes, une femme m’a traitée de shiva.

Au Canada, les personnes de couleur sont souvent contraintes à choisir entre leur communauté ethnique ou raciale et la communauté gaie majoritairement blanche. Le choix est déchirant.

Nous ne sommes à l’abri nulle part.

Conclusion

Il faudra multiplier les efforts pour contrer l’oppression des personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles en tant que personnes, et non comme un ensemble d’enjeux distincts. Bien entendu, cela veut dire qu’il faudra prendre en considération et défendre tous les aspects de leur identité et les sources d’oppression dont elles son la cible. D’ici là, les personnes GLBTT de couleur et bi-spirituelles n’auront qu’un accès limité à la justice, à la dignité et à l’égalité. Tout au plus obtiendront-elles une égalité de statut, sans toutefois être égales.

Recommandation

ÉGALE Canada appuie la position de la réunion sur l’intolérance fondée sur l’orientation sexuelle, la discrimination multiple et autre de la commission préparatoire de la deuxième Conférence mondiale contre le racisme (CMCR), selon laquelle « on ne peut cloisonner l’identité humaine, et les victimes de discrimination fondée sur l’oppression multiple ne seront pas entièrement à l’abri du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et d’autres manifestations d’intolérance d’ici à ce que tous les aspects de leur identité individuelle soient officiellement protégés contre la discrimination ». Pour les raisons invoquées dans le rapport de recherche, ÉGALE Canada soutient sans équivoque la reconnaissance explicite de la déclaration et du programme d’action de la CMCR du fait que le racisme est accentué par d’autres formes de discrimination, y compris l’orientation sexuelle, et ne peut en être dissocié.

1 ÉGALE Canada (promotion de la dignité et de l’égalité des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles, transsexuelles et travesties). Recherche et rédaction : Wayne van der Meide, LL.B., LL.M. (avocat). ÉGALE Canada remercie de son appui financier le Programme du multiculturalisme du ministère du Patrimoine canadien.

2 Pour obtenir un exemplaire du rapport complet en français, en anglais ou en espagnol, veuillez communiquer avec ÉGALE par téléphone au 1-613-230-1043 ou au 1 888 204-7777; par courriel, à egale.canada@egale.ca; ou visitez notre site Web à www.egale.ca.

3 Crimes haineux: conspiration du silence, torture et mauvais traitement basés sur l’identité sexuelle, Amnistie International, 2001. Le texte intégral se trouve à l’adresse www.ai-lgbt.org/ai_report_torture.htm.

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